Bulletin No 5 - 19 mars 2001

www.nvi.qc.ca
La pub et la fringale
André Noël
LA PRESSE


514-527-5643

Paule Lecavalier, 14 ans, connaît bien les annonces de "cochonneries" à la télévision. "Elles stimulaient ma faim, raconte la jeune fille de Varennes, qui pesait 184 livres à l'âge de 13 ans, avant de perdre une quarantaine de livres l'année dernière. Chaque fois que je voyais ces annonces, je sentais le besoin de manger. Il a fallu que j'apprenne à ne pas me laisser influencer."

L'obésité a atteint des proportions épidémiques au Canada, dans la plupart des pays industrialisés et même dans certains pays en voie de développement, non seulement chez les adultes mais aussi chez les enfants.

Fin novembre, un article paru dans le Journal de l'Association médicale canadienne a sonné l'alarme: la proportion d'enfants canadiens qui souffrent d'un excès de poids est passée de 15% en 1981 à 29% en 1996 chez les garçons et à 24% chez les filles. La hausse est encore plus frappante pour l'obésité comme telle, qui est passée de 5% à 13,5% chez les garçons et à 12% chez les filles.

Photo Denis Courville,La Presse

À l'âge de 13 ans, Paule Lecavalier mesurait cinq pieds trois pouces et pesait 184 livres. "Les annonces m'incitaient à manger", dit-elle. Suivie par un médecin, elle a perdu une quarantaine de livres.

Les médecins, les nutritionnistes et les épidémiologistes ne savent plus où donner de la tête. Les effets de l'épidémie sont bien connus: plus de diabète, d'asthme, de problèmes cardiaques, de dépressions, etc. Mais les causes sont mal identifiées et les solutions difficiles à trouver.

Les experts s'entendent généralement pour dire que les jeunes ne font pas assez d'exercice. Le docteur Pierre Gosselin, de l'Institut national de santé publique du Québec, croit aussi que l'industrie du junk food et les restaurants de fast food s'en tirent un peu trop facilement.

"Je suis étonné de constater que les poursuites judiciaires se sont multipliées contre les compagnies de tabac, alors que rien n'est fait pour contrer la publicité de toute cette bouffe qui fait grossir, dit-il. Pourtant, l'obésité est en train de devenir un problème de santé publique comparable au tabagisme."

La Société canadienne de pédiatrie commence à se préoccuper de la question. Le docteur Peter Nieman a écrit l'énoncé de politique de la Société sur "les enfants et les médias". Selon lui, la communauté médicale canadienne devrait suivre l'exemple des pédiatres américains et se mobiliser contre ces compagnies qui sollicitent les jeunes pour leur vendre frites, boissons gazeuses, croustilles, biscuits, gâteaux et céréales sucrées.